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LES TABLEAUX DE HOPPER

Les tableaux d'Edouard Hopper me parlent. Enfin, c'est la sensation que j'ai. Lorsque j'ai découvert ce peintre à travers les pages glacées d'un livre qui lui était consacré, je me suis sentie comme happée, comme appelée par les personnages de ses tableaux. Ce fut plus flagrant encore à Londres, quand j'ai pu voir une exposition de ses toiles. Les personnages peints prenaient vie. Qui étaient-ils ? Que faisaient-ils ? Dans mon esprit sont nées des histoires qui les concernent. Pas vraiment des histoires. Plutôt des évocations. Les tableaux de Hopper m'apparaissent comme des instantanés qu'il s'agit de recontextualiser. Mais qui sont ces personnages? Que font-ils donc ? Comment en sont-ils arrivés là sur cette toile ? Dans quelles circonstances ont-ils ainsi été saisis ? Bien sûr, c'est toute ma subjectivité qui s'exerce. Je me les approprie ces personnages qui me sont si familiers. Et cela n'engage que moi.

Je suis tombée un jour, dans une librairie, sur un roman de Philippe Besson à qui un tableau de Hopper a visiblement parlé. Je me doutais bien ne pas être la seule à entendre des voix. Mais ce qui m'a surprise à la lecture de son texte, c'est de constater que certains mots s'étaient imposés à cet auteur comme ils s'étaient imposés à moi. Coïncidence étrange ? Les tableaux de Hopper parlent et semblent imposer ainsi leur langage à ceux qui non seulement les voient mais les entendent aussi.

 

Mardi 10 octobre 2006
         
          
          Enfin l’été est là. Pleinement là. Les rayons hauts et drus du soleil, l’assommante brûlure du soleil, la vive luminosité du soleil, l’atmosphère desséchée par le soleil, l’odeur poussiéreuse du soleil : tout concourt à prouver que l’été est bel et bien là. Evidemment, elle aime l’été, elle se sent faite pour l’été. Il n’y a qu’à la regarder dans sa robe blanche. Voile fin, transparent, diaphane comme son teint. Elle est provocante, elle en a conscience, elle en joue, elle étudie ses attitudes, ses postures, ses gestes. Elle cherche à épouser les faibles mouvements de l’air. Elle aime la nonchalance estivale. Elle aime la fluidité du tissu, sa légèreté quand il frôle ses cuisses. Elle juge la brise qui pénètre les plis de son vêtement et sa chevelure dorée d’une sensualité extrême. Elle juge sa main posée négligemment, délicatement sur cette colonne de marbre clair d’un érotisme intense. Elle n’est en rien vulgaire, mais son charmant chapeau de paille, son col montant chaste, ses escarpins noirs de petite fille ne trompent personne. Elle voit les regards réprobateurs des vieilles bourgeoises new-yorkaises, les regards envieux des jeunes filles à la beauté ingrate, les regards lubriques de ces hommes jeunes et moins jeunes. Et ces regards l’emplissent de satisfaction, elle existe, elle est une héroïne hollywoodienne. Son buste est droit, ses seins sont fermes, dressés, sa culotte est foncée, visible, insolente. Elle sait faire en sorte que les yeux se tournent vers elle, n’observent qu’elle, l’air de rien, au passage, furtivement, courants d’air fugaces et rapides. Elle sait faire naître le désir, ce désir qui l’ancre dans le monde, qui fait qu’elle n’est plus une simple ombre mais un être de chair. Et elle sourit à ce monde, prête à le conquérir, à le croquer, à le boire.
par Delphine publié dans : Tableaux de Hopper
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